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Étapes majeures, les instants où leur bébé s’assoit, rampe et marche pour la première fois se gravent profondément dans la mémoire des parents. Comment se développe la motricité d’un enfant en bas âge? Et comment peut-on encourager sa mobilité?

Les enfants ont besoin de bouger. Pas simplement pour un développement physique sain, mais aussi pour progresser sur les plans intellectuel, émotionnel et social. L’importance du mouvement pour la santé et le développement physique est une réalité acceptée de tous. Mais l’on s’aperçoit peu à peu qu’il est fondamental pour l’évolution de la perception et pour le développement cognitif, émotionnel et surtout social. Sans mouvement, il n’est même pas possible de voir: pour regarder, il faut bouger les yeux, tourner la tête, orienter son corps.

C’est dans la petite enfance qu’a lieu la découverte immédiate, la «compréhension » de l’environnement, notamment au travers des activités du bébé, de ses expériences physiques et sensorielles. Cette exploration immédiate de ce qui l’entoure est jugée essentielle pour le développement des facultés intellectuelles et du raisonnement. Jean Piaget, psychologue suisse de l’évolution, l’a clairement démontré dans un ouvrage très complet (Piaget 1969). De même, l’expression du bébé requiert une activité motrice: le premier sourire du nourrisson qui fait fondre ses parents et toutes ses mimiques sont des mouvements. Sans oublier la parole, qui nécessite la coordination complexe et très précise de différents mouvements. Le dessin, la peinture et l’écriture permettent de fixer le geste.

Le jeune enfant qui apprend à se déplacer seul peut ainsi explorer son espace vital et l’étendre constamment, augmenter son indépendance et réunir de nouvelles expériences décisives pour son développement ultérieur. Au début de la «conquête» de son environnement, l’enfant est dans une large mesure tributaire de l’aide de son entourage et bien évidemment, en premier lieu, de ses parents.

Comment se développe la mobilité d’un enfant en bas âge?
Nous allons ici exposer quelques réflexions sur la motricité de l’enfant en bas âge qui sont importantes pour favoriser son développement moteur et donc global et qui se rapportent notamment à des capacités telles que marcher, monter, grimper, attraper et lancer.

Le développement moteur de l’enfant débute avant sa naissance. À partir du 5e mois de grossesse, la mère peut sentir son enfant bouger dans son ventre et les mouvements du foetus vont en s’intensifiant à partir de là. Différents réflexes – succion, inspiration, déglutition par exemple – dont certains indispensables à sa survie, sont présents chez le nouveauné. Le plus spectaculaire des réflexes innés est celui de préhension, qui permet à certains nouveau-nés de se cramponner des deux mains à une corde horizontale par exemple. Une fois que le système nerveux et musculaire a suffisamment mûri, des capacités motrices élémentaires se développent durant la tendre enfance: s’asseoir, ramper, se tenir debout et marcher, mais aussi saisir. Ces mouvements de base s’observent chez tous les enfants, avec toutefois des différences considérables dans le moment d’apparition et la précision – autrement dit, les bouts de chou les maîtrisent à des âges différents. Il est par conséquent difficile de donner des âges indicatifs, mais ceuxci constituent malgré tout des points de référence généraux. L’ordre normal d’apparition des capacités fondamentales est par contre le même chez tous les enfants, seule la vitesse à laquelle les différentes étapes se succèdent varie fortement. Il arrive aussi que certains stades soient sautés (cf. Zaichkowsky, Zaichkowsky & Martinek 1980, S. 31).

Extension de l’espace vital
Durant la petite enfance, en parallèle de la maturité physique, les aptitudes de base se perfectionnent et se modifient, tandis que de nouvelles se développent. La capacité à se déplacer seul s’améliore rapidement, les mouvements deviennent plus assurés, plus ciblés et plus économiques. Les formes élémentaires de motricité sportive – marcher, courir, grimper, sauter, se tenir en équilibre, attraper et lancer – apparaissent ensuite. Ces aptitudes permettent aux enfants d’étudier plus efficacement ce qui les entoure, d’étendre leur espace vital et donc leur environnement social. Ces mouvements élémentaires se développent pour l’essentiel entre 2 et 6 ans. Ils deviennent ensuite progressivement plus précis, plus fluides et mieux contrôlés. Ils sont en outre utilisés dans les jeux de mobilité et peuvent être combinés entre eux (lancer un ballon en courant, par exemple). Lorsqu’ils y sont incités, les enfants peuvent maîtriser des aptitudes spécifiques, comme le patin à roulettes, les exercices de gymnastique et d’adresse, la natation ou le vélo, dès l’âge préscolaire.

Fait remarquable par rapport à notre conception du développement moteur, des études, généralement sur des jumeaux, ont montré que les performances motrices durant les deux premières années, comme d’apprendre à marcher ou à grimper sur une échelle, ne peuvent être accélérées par l’exercice systématique et que l’avance obtenue grâce à un entraînement ciblé est vite rattrapée (McGraw 1935). Des études portant sur des enfants exposés à des influences différentes aboutissent à des conclusions comparables: ainsi, les enfants hopis (une tribu indienne d’Amérique du Nord), qui sont traditionnellement emmaillotés en sorte de ne quasiment pas pouvoir bouger jusqu’à l’âge d’un an, n’apprennent pas à marcher plus tard que des enfants qui ont pu se mouvoir librement (Dennis 1940). Bien entendu, cela ne veut pas dire que des conditions extrêmement défavorables, et pas seulement pour la mobilité, ne retarderont pas considérablement le développement moteur.

En raison de ces résultats, les scientifiques tendent à penser que le développement des aptitudes motrices élémentaires repose notamment sur des processus de maturation, c’est-à-dire des processus internes, et que l’acquisition et le perfectionnement des performances motrices par le biais de processus d’apprentissage ne prennent de l’importance qu’à partir de l’âge de 2 à 3 ans. Ce n’est qu’à partir de là qu’un exercice ou un entraînement systématique d’aptitudes particulières, la gymnastique ou le patin à glace, par exemple, devient possible. Avant ce stade, les conditions biologiques requises pour l’acquisition de capacités spécifiques font tout simplement défaut, il faut donc attendre que les processus de maturation nécessaires soient achevés.

Expression de la joie de vivre
Sur la base des connaissances actuelles en biologie et en psychologie du développement, l’activité physique et le sport sont des éléments incontournables de l’éducation de l’enfant. Bouger lui permettout d’abord d’exprimer sa joie de vivre, tout en favorisant son bien-être et sa bonne santé générale. L’importance du mouvement pour la santé est soulignée par des enquêtes qui révèlent qu’un pourcentage important d’enfants scolarisés présente des déficiences au niveau postural et du fonctionnement des organes. Diverses sources mettent également en évidence une augmentation des troubles de la coordination, c’est-à-dire de l’action conjointe et harmonieuse de différents muscles ou groupes de muscles dans le mouvement. Celle-ci étant une condition essentielle pour la pratique de nombreuses activités motrices et disciplines sportives et les enfants adroits dans leurs mouvements étant moins exposés aux accidents dans bien des situations critiques, il semble bénéfique d’attacher une importance particulière à la coordination physique et d’encourager les exercices visant à la développer.

Encourager l’activité physique adaptée aux enfants: avec quels objectifs?
Les objectifs de la promotion de l’activité physique sont
- d’exposer l’enfant à des stimuli moteurs, psychiques et cognitifs,
- de lui permettre de multiplier les expériences de mouvement,
- d’étendre ses compétences motrices, de renforcer sa personnalité globale,
- de lui inculquer par la pratique des comportements sociaux positifs.

La priorité n’est pas de rendre les enfants plus performants physiquement, plus forts, plus souples, plus rapides et plus endurants, même s’il s’agit là de résultats que l’on est en droit d’attendre de tous les programmes d’exercices bien conçus et réalisés.

Lorsque l’on élabore et met en pratique des programmes d’entraînement destinés aux enfants, il est essentiel de se rappeler que la distinction entre comportement moteur, vécu émotionnel et processus cognitifs, c’est-à-dire entre bouger, ressentir et penser, est arbitraire. Chaque attitude comporte des aspects moteurs, émotionnels et cognitifs. Pour les enfants, le mouvement représente un moyen important de réunir des informations sur leur environnement, mais aussi sur eux-mêmes, de découvrir leurs capacités et de les évaluer, de développer l’assurance dont ils ont besoin et, lors des jeux de mobilité, d’emmagasiner des expériences sociales avec les autres. Les petits devraient donc avoir l’occasion d’expérimenter des mouvements aussi variés que possible. Ces expériences devraient porter sur l’environnement physique, sur des objets pouvant être déplacés, sur des stimuli sonores et visuels prédéterminés ou qu’ils peuvent produire eux-mêmes. Ils doivent dans ce cadre avoir suffisamment de possibilités de tester leurs capacités motrices et de les approfondir de manière autonome, dans des situations de mouvement les plus libres possibles. Les exercices doivent revêtir une forme ludique et s’appuyer sur le plaisir qu’éprouvent naturellement les enfants à bouger. Des aptitudes hautement complexes et spécifiques, comme la manipulation de petits objets ou des formes élémentaires de jeu, peuvent également être enseignées de cette manière.

Les jeux de mobilité sont les plus adaptés à l’apprentissage de comportements sociaux. Ils offrent la possibilité de les stimuler et de les encourager, en obligeant par exemple l’enfant à s’adapter à un partenaire précis ou à respecter certaines règles. L’importance de ce type d’apprentissage social augmente en parallèle du nombre d’enfants uniques, qui sont toujours plus nombreux à grandir sans contact avec d’autres enfants. Cette évolution n’est pas sans conséquences pour le développement infantile. Si les résultats de la psychologie du développement montrent que ces enfants uniques ne sont en aucun cas défavorisés en termes de développement intellectuel, au contraire, on peut toutefois craindre que le manque de contacts avec des camarades du même âge réduise leurs compétences sociales.

Encourager le mouvement – mais comment?
Pour encourager le mouvement dans la petite enfance, on peut se servir d’exercices, mais aussi de nouveaux produits de jeu et d’entraînement, comme les ballons à effet ralenti ou les pedalo®. On peut proposer des exercices dans les domaines suivants:
- expériences sensorielles (il convient là de travailler le toucher, la vue et l’ouïe en utilisant des stimuli tactiles, visuels et sonores);
- expériences du corps (ressenti des mouvements et de la position, structure de l’organisme);
- expérience du mouvement dans un espace étendu (déploiement de force, orientation spatiale, franchissement d’obstacles);
- expérience du mouvement dans un espace restreint (dosage de la force, adresse, coordination oeil-main).

On peut ajouter à cela des formes de présentation rythmiques/musicales, de pantomime et de danse, ainsi que des exercices de familiarisation avec l’eau et de natation.

Le mouvement, le sport et le jeu dans l’enfance ont une valeur en soi et n’ont pas besoin d’autres justifications pour être intégrés à l’éducation et à la vie des enfants, notamment en bas âge. Il est donc inutile de chercher à valoriser la promotion de l’exercice par des objectifs d’apprentissage «secondaires», comme l’encouragement du développement linguistique ou cognitif, d’autant que de tels effets transversaux seront de toute manière obtenus, en tant que sous-produit, pour ainsi dire. Il semble beaucoup plus important de préserver le plaisir que les enfants ont à faire du sport et à bouger en évitant les méthodes et les contenus d’enseignement inadéquats. Il faut mettre à profit et encourager la disposition des enfants à l’activité physique et ne surtout pas s’y opposer. C’est le seul moyen de jeter les bases d’une activité physique pratiquée dans la joie tout au long de la vie. Les facteurs importants dans ce cadre sont l’exemple donné par les personnes de référence, parents, éducateurs, moniteursde cours, mais également un environnement qui n’entrave pas cette disposition pour des raisons de sécurité, dangers de la circulation, par exemple.

Il faut à cet égard noter que le mouvement et les jeux de mobilité ne sont jamais exempts de tout danger. La sécurité absolue n’est pas possible, ni même souhaitable d’un point de vue pédagogique: les enfants doivent apprendre à évaluer leurs capacités, à calculer les risques et à agir en conséquence. Ainsi, il a été démontré qu’un excès de sécurité apparente augmente en réalité le risque de blessures chez les enfants et que la sûreté des mouvements ne s’acquiert qu’en les expérimentant. Bien évidemment, cela ne délivre en aucun cas les responsables de leur obligation de supprimer les sources sérieuses de danger (voir notre encadré «Une maison sûre pour les enfants»)!

Si quelque chose vous trouble dans le développement moteur de votre enfant, adressez-vous à votre pédiatre, en tentantde décrire aussi précisément que possible ce qui motive vos préoccupations. Différentes possibilités de thérapieset d’encouragement existent pour les enfants présentant des besoins particuliers.

créée par Dr Heinz Krombholz