Direction le monde imaginaire!

Inventer - explorer - découvrir: comment préserver et encourager l'intérêt de ses enfants pour le monde

Léa (4 ans) et Anna (6 ans) sont assises dans le bac à sable et manient la pelle avec ardeur pour creuser des trous et des tunnels. Tout à côté d’elles, des tas de sable s’amoncellent. Les joues roses, elles sont totalement absorbées par leur tâche et, visiblement, elles sont ravies. Elles pellent inlassablement jusqu’à ce que leur maman passe par là et leur demande ce qu’elles sont en train de faire. «Creuser des trous», répond Anna. «Tu le vois bien!» «Oui, bien sûr, mais pour quoi faire?», s’aventure Maman. «On cherche le marchand de sable, c’est logique», répondent les fillettes avec empressement. «Il habite sûrement quelque part là, dans le sable!» Oui, les enfants ont encore cette imagination sans limite: ils mettent le monde sens dessus dessous, défient le point de vue rationnel des adultes et n’hésitent pas à se créer leur propre univers, dont ils inventent les personnages, les règles, les problèmes et les solutions. Ce qui n’a rien de surprenant, car les experts ont découvert qu’un enfant de trois ans a environ 200 billions de synapses – soit deux fois plus qu’un adulte – qui servent d’interfaces de contact entre ses neurones. Autrement dit: les enfants voient le monde différemment. Ils trouvent la surface trop ennuyeuse, et veulent regarder au-delà, ils ont envie de savoirce qui se passe dans la partie non visible des choses. C’est pourquoi ils se projettent dans des univers lointains et utilisent leur imagination pour étudier les phénomènes et tirer au clair les tenants et aboutissants. Le Professeur Gerald Hüther, médecin et neurologue responsable du département de recherche fondamentale de neurobiologie à l’université de Göttingen (Allemagne), définit l’imagination comme «la réunion de bribes de souvenirs et d’expériences pour créer son propre monde mental». Selon Gerald Hüther, l’imagination n’est pas possible sans expérience correspondante: «on ne peut pas filer plus loin que la longueur du fil.» C’est d’ailleurs pour cela qu’à partir d’un certain âge, l’expérience devient l’ennemie de l’imagination. « Lorsque les expériences personnelles sont très nombreuses, comme chez les adultes, elles limitent la capacité à créer un autre monde de pensées», explique-t-il.

Liberté d’explorer et de découvrir
Dans l’imaginaire des enfants, les pierres, les arbres et les fleurs deviennent des êtres avec lesquels on peut discuter. Leurs yeux voient ce qui reste caché aux adultes: des fées, des magiciens, des géants, des fantômes, des nains et d’autres créatures mystérieuses. Ce n’est pas sans raison que la période entre trois et six ans s’appelle «l’âge magique». Les enfants ont besoin que leurs parents leur offrent la liberté d’explorer et de découvrir, car c’est le seul moyen pour que leur créativité se développe. Ne faire qu’un avec la nature, éprouver le changement des saisons avec tous ses sens, construire des cavernes, se rouler dans la boue, jouer avec des feuilles et des fleurs, des cailloux et des pives, ce qui allait de soi pour nous est souvent bien moins simple pour les enfants d’aujourd’hui: environnement bétonné, aires de jeux préfabriquées, manque d’espaces verts et planning chargé dès la petite enfance sont malheureusement fréquemment des réalités. Mais même dans un petit appartement et un voisinage peu adapté aux enfants, les parents peuvent donner à leurs bouts de chou la liberté de découvrir.

Des questions sans fin
Les enfants posent régulièrement des questions qui prennent les adultes de court, les sidèrent ou les font sourire. Quelques exemples: «où j’étais avant de venir chez vous?», «où est assis le bon Dieu?», «pourquoi le ciel est bleu?». Ils cherchent ainsi à en savoir plus sur leurs racines, leurs origines. Ils essaient de trouver leurs propres réponses à des questions existentielles. Cela montre que la force de l’imagination enfantine est en action. Une force que les tabous n’arrêtent pas: «pourquoi on doit mourir et on va où après?» Avec leurs «pourquoi?», les petits enfants veulent explorer le monde, voir au-delà de la façade. Et les questions ne sont qu’un moyen de satisfaire leur curiosité. Les enfants comme Léa et Anna sont des découvreurs, qui utilisent leurs mains et leur corps tout entier pour comprendre le monde. Le pédagogue et penseur Johann Heinrich Pestalozzi l’a très bien exprimé: «comprendre implique de prendre!» Et dans la même veine: «concevoir présuppose de voir!» «Ressentir nécessite de sentir!» Bref, d’une manière générale, tout concept abstrait est précédé d’une expérience sensorielle. Les enfants en sont l’exemple vivant: ils touchent les objets pour en découvrir la forme et les propriétés. Lorsqu’ils découvrent le monde, tous leurs sens sont impliqués: la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher.

L’ami invisible
Beaucoup d’enfants se créent un ami imaginaire. Ils lui parlent et demandent parfois même que l’on mette un couvert de plus à table pour leur invité invisible. Au risque de provoquer la réprobation de certains parents: ne privez pas votre enfant de ce compagnon imaginaire. Il lui permet de projeter ses souhaits, de jouer toutes sortes de scénarios du quotidien et peut lui donner une certaine retenue. En général, ces amis chimériques disparaissent au début de la scolarisation. C’est en effet à ce moment-là au plus tard que la majorité des enfants apprend à distinguer totalement le rêve de la réalité. Les visites dans le royaume imaginaire se font plus rares. Et bien souvent, lorsque nous sommes devenus adultes, seuls de brefs rêves éveillés subsistent de la fantaisie débordante de notre enfance. Mais en tant que parents, vous avez une chance de vous y replonger – avec vos enfants! Ne la laissez pas passer!

créée par Christina Bösiger