Histoires à table

Une histoire de Franz Hohler (écrivain suisse) raconte la situation de parents autour d’un enfant, âgé d’un an, qui ne veut pas manger.

Par hasard, le père trouve un moyen pour le faire manger: le nourrir à travers la barrière, à l’entrée de sa chambre. Les parents sont soulagés. Seulement, l’enfant a de plus en plus d’exigences envers ses parents et sa babysitter: pour qu’il mange, maman doit être à côté de lui et papa doit porter un chapeau. Les parents essaient de refuser d’y répondre, mais l’enfant refuse à son tour de manger et, pour finir, les adultes cèdent à toutes ses demandes. À la fin de l’histoire, le père nourrit l’enfant depuis une échelle, à travers la fenêtre, avec un chapeau sur la tête et un parapluie dans la main, pendant que sa mère, couchée sur une armoire en pyjama, et la babysitter à côté du bébé accompagnent chaque bouchée au son de maracas.

Des parents plaisantent et échangent à la lecture de cette histoire. Que faisonsnous avec nos enfants? Que leur offronsnous et quels sont les caprices auxquels nous répondons par peur de perdre son amour ou par souci de sa santé? «C’est vrai, on se fait du souci, quand il ne mange pas», raconte Pierre. «Du coup, c’est une arme très efficace quand il veut nous tenir tête...». Sa femme ajoute: «notre enfant ne buvait que son biberon jusqu’à environ 18 mois une année. Il ne mangeait pas de nourriture solide. Pour sa santé, nous avons commencé à mélanger des fruits et des céréales moulus au lait de son biberon.» Comment ces parents ont-ils donc fait pour s’en sortir? «Notre fils testait déjà les limites, et ses difficultés à s’adapter à d’autres aliments ne cessaient d’augmenter. Nous avons réalisé que nous nous concentrions trop sur la nourriture et pas assez sur son besoin de structures. La pédiatre nous a confirmé qu’un enfant sans problèmes de santé, ne va pas se laisser mourir de faim. Nous avons alors mis en place un cadre avec des règles claires: le biberon seulement le soir, les mêmes repas pour tous pendant la journée. Ça été très dur au début, parce qu’il criait et pleurait beaucoup. Heureusement nous étions deux pour nous passer le relais et nous encourager à tenir bon. Et puis, tout a évolué très vite: le premier jour il avait déjà goûté un petit morceau de pomme de terre.»

«Maman, j’ai faim!» , s’écrie Marc, 3 ans. «Nous venons de manger. Tu as vraiment faim? Tu as demandé à ton ventre? Il a vraiment dit qu’il a faim? Nous allons faire un goûter dans une heure. Ton appétit est trop grand et c’est pas bon pour toi. Nous allons faire quelque chose ensemble avant le goûter. Oh, là-là, j’ai beaucoup de choses à faire, je vais retirer le linge et ensuite on va préparer une salade de fruits pour le goûter ».

«Papa, je peux avoir une glace?», demande Fabienne, 4 ans. «Non tu ne peux pas.» «Mais moi, je la veux!». «Oui, j’ai bien entendu, mais je ne vais pas te l’acheter». «Méchant papa!» «Maintenant, je suis un papa qui dit non, je fais aussi mon travail de papa. Dire parfois oui et parfois non!».

Voici différentes manières de parler de la mère de Marc et du père de Fabienne, qui s’intéressent à l’alimentation de leurs enfants tout en posant des limites claires. Toujours plus d’enfants sont en surpoids. Il y a 20 ans, il n’existait pas ce type d’alimentation riche en sucres ou en matières grasses, ou alors leur consommation n’était pas fréquente. Aujourd’hui on en mange tous les jours. Les parents sont donc confrontés à un nouveau défi: réglementer la consommation de produits mauvais pour la santé de leurs enfants. Pour cela, ils sont censés développer leur autorité, car il ne suffit pas de lire à haute voix les recommandations du service médical quant au choix des aliments. De nos jours, les parents ont besoin de valeurs de référence claires pouvant les aider à prendre de bonnes décisions et à les appliquer. C’est un peu comme s’exercer à utiliser une boussole. Les jeunes enfants ne sont pas capables de le comprendre. Cela fait partie de leur processus de croissance: être confrontés à des choses que l’on ne comprendra qu’avec le temps.

Informations, activités et commande du «Tiroir- à -idées» – un outil pédagogique pour parents et professionnels au n° 026 321 48 70, www.educationfamiliale.ch